Cabinet de médiation

émotionnel

  • Le portrait de la médiation

    La médiation est une démarche volontaire. C'est un mode de résolution des conflits. Le médiateur peut être « tout tiers sollicité pour mener une médiation avec efficacité, impartialité et compétence, quelque soit l'appellation ou la profession de ce tiers (...) » (Directive 2008/52/CE du Parlement européen et du Conseil du 21 mai 2008).
    A l'heure où notre société valorise la forme sur le fond et la réputation plutôt que les compétences, ne faudrait-il pas penser que n'importe qui pourrait se dire médiateur ?
    Nous vivons dans une société où le conformisme et l'expertise règnent en maître. « La tendance à la conformité des opinions et des positions en politique comme dans le champ de la connaissance est le malheur de la démocratie comme de la recherche. Cette tendance des individus à se ranger sans réflexion critique aux normes du groupe majoritaire se retrouve dans toutes les institutions » constate Roland Gori. Par conséquent, ce sont les experts qui disent comment les individus doivent se comporter dans leur manière d'exister.
    C'est ainsi que pour survivre, il faut tricher, mentir et usurper des fonctions ; ce qui fait le lit de l'imposture. Notre société est sa propre fabrique d'imposteurs.
    Aujourd'hui, de nombreux intitulés d'emplois comprennent le terme médiation. Le terme de médiation est désormais employé pour toute intervention de tiers dans la gestion des relations sociales (négociateur, facilitateur, médiateur...).
    Face à une demande croissante de médiation, la question de la professionnalisation s'est posée de plus en plus. Afin de palier aux imposteurs, il est exigé de plus en plus du médiateur des techniques  et de l'écoute. La professionnalisation de la médiation passe donc par l'instauration de formations. Pour que le médiateur agisse en professionnel, il lui fallait une qualification.
    La médiation permet ainsi de rendre, par l'intermédiaire du médiateur aux individus la possibilité et surtout la responsabilité de faire leur « droit » ; de trouver leur solution et de régler leur volonté de « juridicité » dans une société où le multijuridisme c'est-à-dire « le fait que chaque individu est partie prenante, dans sa vie familiale, professionnelle ou publique, de multiples groupes dont les règles, règlements, habitudes ou habitus s'imposent à lui de manière plus ou moins concurrentielle » (Etienne Le Roy, les pluralismes juridiques par Cahiers d'Anthropologie du Droit, Karthala Editions, 2003, p142) fait foi.
    Pour autant la médiation, en rendant aux individus, aux citoyens la possibilité de trouver leur solution, remue la société. Elle permet de remettre en route une pensée qui n'existait plus et de lutter contre le conformisme. La médiation projette les individus dans une société espérée ; ce qui peut engendrer un certain dérèglement dû au stress du changement et de l'innovation.
    Dans cette analyse de l'esprit de la médiation, il est alors facile de caricaturer la médiation soit en la présentant comme appartenant au registre du droit soit en la transformant en utopie. Il fallait donc lui tirer son portrait.

    Pour qu'il y ait médiation, il faut qu'il y ait conflit. Quel que soit le conflit, il comporte trois composantes : juridique, technique et émotionnelle. La médiation s'attache particulièrement à régler le côté émotionnel du conflit.
    Faut il considérer que le conflit est une exception ou une dimension tout à fait normale de la vie en société ? Je pense qu'au lieu d'être cette exception mal vécue, le conflit comporte surtout une dimension normale. La vie est remplie de conflits de dimensions variables que nous essayons de régler de différentes façons ( la fuite, la colère, la responsabilité, la raison, la réflexion...).
    La médiation est une de ces façons de régler les conflits en pacifiant l'environnement social.

    La société dans laquelle nous vivons est une société où l'unité du droit a toujours été une obsession. Jean-Jacques Rousseau ne considérait-il pas que le droit n'était qu'un ou n'était pas ! Cette unité permet de garantir l'égalité de chacun devant la loi. Pourtant, cette unité du droit est, en réalité, une pure illusion malgré toutes les tentatives pour lutter contre la pluralité des interprétations juridiques, la multiplication des doctrines et des jurisprudences.
    Il ne serait pas anormal de constater une récupération possible de la médiation par le droit et par conséquent, la soumission de la médiation à la justice et à l'ordre. Les résultats d'une médiation pourraient faire l'objet obligatoirement d'un contrôle par le juge ou il pourrait y avoir une procédure à respecter par le médiateur à l'instar du procès pénal.
    Or, ce modèle judiciaire, qui prévaudrait dans les modes d'intervention du médiateur, est contraire à l'essence même de la médiation. Il est même contre-productif sauf à accepter de considérer la médiation sous le seul angle du procès.
    En effet, il devient de plus en plus difficile de toujours imposer des normes juridiques sans l'accord des parties ; ce qui correspond à l'idée « il est interdit d'interdire ». Combien de décisions rendues par les juges ne sont pas appliquées par les parties parce qu'elles ne leur correspondent pas ?
    En réalité, notre conception moderne du droit devient de plus en plus inadaptée à notre façon de concevoir la vie, à notre complexité. Il devient nécessaire de promouvoir un certain « pluralisme juridique ». J'entends là qu'il serait souhaitable de libérer la médiation de ses références juridiques et judiciaires actuelles tout en l'inscrivant dans une lecture renouvelée de la « juridicité » de la société. La médiation correspondrait à la libération des individus par une pratique citoyenne face à notre société complexe et ultra judiciarisée, face à un ordre imposé.

    Quelle est donc la définition de la médiation ? Il n'existe pas, à mon sens, de définition universelle de la médiation sauf à dire que la médiation rassemble différentes façons de dépasser des situations conflictuelles. Trouver une définition exacte de la médiation en reviendrait à remplir sans fin le tonneau des Danaïdes. En effet, il existe plusieurs courants de la médiation : spiritualiste, juridique, psychologique et philosophique.
    Le courant spiritualiste possède une dimension fortement connecté à la religion, la dynamique se créé autour du pardon. Quant au courant juridique, il fait référence aux lois et aux sources du droit en considérant la personne comme un sujet de droit. Le courant psychologique, quant à lui, considère la personne comme un malade avec une idée de thérapie. Enfin, le courant philosophe s'appuie sur la raison et appuie sa démarche sur le postulat de la maladresse.
    Par conséquent, il n'y a pas de définition univoque et exhaustive. Il serait plus productif de s'attacher au process de la médiation plutôt que de s'acharner de lui trouver une définition. Pour Jacques Faget, « on aurait tort d'identifier la médiation à une simple méthode de résolution des conflits : les méthodologies divergent entre celles qui traitent séparément le différent et les personnes, celles qui se centrent sur les intérêts et non sur les positions et celles qui envisagent le bénéfice mutuel ».

    Quoiqu'il en soit la médiation est un procédé particulier de règlement d'un conflit par les parties guidé par le médiateur mais pas seulement. C'est aussi un changement profond de paradigme dans le règlement des conflits puisque les citoyens, en comprenant que le recours au juge n'est pas systématique, se responsabilisent et reprennent le contrôle de leur vie grâce au médiateur professionnel, expert en ingénierie relationnelle.